Auteur/autrice : Yannick

  • Qu’est-ce qu’un parcours de soin aujourd’hui ?

    Qu’est-ce qu’un parcours de soin aujourd’hui ?

    Depuis quelques mois, je propose une manière un peu différente d’accompagner les personnes, à travers le yoga, l’Ayurveda, les pratiques individuelles et collectives, et aussi les soins.

    Convaincu de la qualité des ajustements que je propose maintenant, je sens en même temps chez les personnes qui me suivent une question latente, parfois formulée directement :

    “Concrètement, ton parcours de soin Yannick, ça veut dire quoi ?”

    Qu’est-ce qu’un parcours de soin aujourd’hui, dans un monde où les offres de bien-être sont nombreuses, variées… et parfois un peu déroutantes ?

    J’ai envie de prendre le temps de poser quelques repères et de clarifier la démarche.

    Une époque où l’on “essaie plein de choses”

    Aujourd’hui, il n’a jamais été aussi facile d’accéder à des pratiques pour prendre soin de soi : yoga, méditation, massages, thérapies diverses, soins énergétiques… Et c’est une bonne chose. Mais, le temps m’invite à  faire plusieurs constats :

    • On essaye plusieurs approches, parfois à moitié… ;
    • On passe d’un cours à un autre, d’un praticien à un autre,
    • On ressent parfois un ‘mieux’… mais sans que cela s’inscrive vraiment dans la durée.

    Comme si chaque chose apportait quelque chose, mais sans véritable lien entre elles. Il ne s’agit pas d’un manque d’envie ou d’implication. Plutôt d’un manque de continuité, de cohérence, et parfois de lisibilité.

    Le besoin de quelque chose de plus global

    Petit à petit, une autre demande – souvent formulée à demi-mot – émerge :

    👉 ne plus seulement “faire une séance”

    👉 mais être accompagné/guidé dans un chemin

    Un chemin qui prend en compte :

    • le corps, bien sûr, et ses particularités, son histoire,
    • mais aussi le souffle, le mental, les émotions,
    • le rythme de vie,
    • les périodes plus intenses ou plus fragiles.

    Un chemin qui évolue, qui s’adapte, et qui ne repose pas sur une seule pratique, mais sur une intelligence d’ensemble.

    C’est là que la notion de parcours de soin prend tout son sens. Et quand je parle de soin, c’est fondamentalement de « prendre soin de soi ».

    Un parcours de soin : une approche dans la durée

    Pour moi, un parcours de soin, ce n’est pas une formule figée ou un protocole. C’est une manière d’accompagner une personne dans le temps, en s’ajustant à ce qu’elle vit. 

    Concrètement, cela signifie plusieurs choses.

    1. Prendre le temps de comprendre la personne

    Avant même de proposer, il y a une étape essentielle : écouter.

    Comprendre :

    • comment la personne se sent aujourd’hui,
    • ce qui l’amène,
    • son rapport au corps, au stress, à l’énergie,
    • son rythme de vie.

    L’Ayurveda apporte ici des repères précieux, notamment à travers la compréhension des constitutions et des déséquilibres. Mais au-delà des outils, c’est surtout une qualité de présence et d’attention qui est en jeu.

    1. Proposer, puis ajuster

    Dans un parcours, rien n’est figé. On peut commencer par :

    • du yoga en individuel,
    • compléter avec des séances collectives,
    • intégrer des pratiques de respiration,
    • proposer un soin à un moment donné.

    Mais surtout, on observe ce que cela produit. Et on ajuste. Parfois, il faut ralentir. Parfois, remettre du mouvement. Parfois, simplement laisser du temps.

    1. Respecter le rythme

    C’est un point essentiel. Nous vivons dans une culture où l’on attend souvent des résultats rapides. Mais le corps, le système nerveux, les émotions… ne fonctionnent pas comme cela.

    Un parcours de soin, c’est aussi accepter ou prendre conscience :

    • que certaines choses prennent du temps,
    • que les évolutions ne soient pas linéaires,
    • qu’il y ait des phases d’ouverture, et d’autres plus sensibles.

    Et accompagner cela, sans brusquer.

    1. Articuler différentes pratiques

    C’est là que le lien entre yoga et Ayurveda devient concret.

    Le yoga permet :

    • de se remettre en mouvement,
    • de se reconnecter au corps,
    • d’apaiser ou de dynamiser selon les besoins.

    L’Ayurveda permet :

    • de mieux comprendre ce qui se joue,
    • d’ajuster les pratiques,
    • de proposer une hygiène de vie plus adaptée.

    Les soins viennent parfois soutenir :

    • un relâchement plus profond,
    • une régulation du système,
    • un moment de récupération.

    Ce n’est pas l’accumulation des outils qui compte, mais la justesse de leur utilisation.

    Une autre manière d’entrer dans la relation

    Ce qui change profondément dans le parcours de soin, ce n’est pas seulement ce que l’on fait. C’est la manière dont on entre en relation avec soi-même. Au-delà de la séance de yoga hebdomadaire, on s’engage, à son rythme, dans quelque chose de plus vivant qui nous change au-delà du tapis…

    Il y a :

    • une continuité,
    • une confiance qui se construit,
    • une meilleure connaissance de soi.

    Et de mon côté, cela me permet aussi d’ajuster plus finement, parce que je vois la personne évoluer dans le temps.

    Une approche simple… mais exigeante

    Ce que je propose est finalement assez simple dans l’idée : prendre soin de manière globale, progressive, et adaptée. Mais cela demande aussi :

    • de sortir d’une logique de solution rapide,
    • d’accepter de ne pas tout contrôler,
    • de revenir à l’écoute du corps et des ressentis.

    C’est un chemin, sur lequel les arrêts ou les pauses sont aussi nécessaires que le mouvement.

    En conclusion

    Parler de parcours de soin, c’est peut-être simplement revenir à quelque chose d’assez fondamental :

    👉 prendre soin de soi ne se fait pas en une fois

    👉 ni avec un seul outil

    👉 ni de manière standardisée

    C’est quelque chose qui se construit, dans le temps, avec de l’attention, de l’ajustement, et une certaine douceur. C’est dans cet esprit que je propose aujourd’hui d’accompagner les personnes.

    Et peut-être que, dans un prochain article, j’irai un peu plus loin en questionnant notre manière actuelle d’aborder le bien-être… Parce que derrière tout cela, il y a aussi une autre question :

    et si le bien-être n’était pas quelque chose que l’on pouvait simplement “consommer” ? 🌿

  • Yoga et Ayurveda : deux sciences sœurs au service de l’équilibre

    Yoga et Ayurveda : deux sciences sœurs au service de l’équilibre

    Introduction

    Le yoga et l’Ayurveda sont souvent évoqués ensemble, comme deux piliers indissociables de la tradition indienne. Pourtant, dans le monde contemporain, ils sont fréquemment enseignés et pratiqués de manière séparée : le yoga comme une discipline corporelle et mentale, l’Ayurveda comme une médecine traditionnelle axée sur l’hygiène de vie. Cette séparation est récente et essentiellement occidentale.

    Dans la tradition, le yoga et l’Ayurveda constituent deux sciences sœurs, issues d’une même vision du monde, partageant une compréhension commune de l’être humain, de la nature et de la santé. En tant que professeur de yoga et praticien en Ayurveda, il devient alors essentiel de mettre en lumière les liens profonds entre ces deux disciplines, afin d’enrichir à la fois la pratique, l’enseignement et l’accompagnement des élèves.

    Cet article propose une exploration de fond : définir d’abord ce qu’est le yoga, dans sa dimension traditionnelle puis dans une approche plus pragmatique ; définir ensuite l’Ayurveda ; puis mettre en évidence la place du yoga dans le système ayurvédique, et enfin montrer comment les principes de l’Ayurveda peuvent nourrir et affiner la pratique et l’enseignement du yoga.

    Qu’est-ce que le yoga ?

    Le yoga dans sa définition traditionnelle

    Le mot yoga provient de la racine sanskrite yuj, qui signifie « unir », « relier », « atteler ». Traditionnellement, le yoga désigne une voie de transformation intérieure visant à relier l’individu à sa nature profonde, et au-delà, à la conscience universelle.

    Dans les Yoga Sūtra de Patañjali, texte fondateur du yoga classique, le yoga est défini par la célèbre formule :

    Yogaḥ citta-vṛtti-nirodhaḥ — « Le yoga est la cessation des fluctuations du mental. »

    Cette définition met en évidence que le yoga, avant d’être un ensemble d’exercices posturaux, est avant tout une discipline de l’esprit. Les postures (āsana), la respiration (prāṇāyāma) et les pratiques corporelles ne sont que des moyens au service d’un objectif plus vaste : la clarté mentale, la connaissance de soi et la libération de la souffrance.

    Le yoga traditionnel s’inscrit dans une vision globale de l’être humain, composé de plusieurs dimensions :

    • le corps physique (annamaya kośa),
    • le corps énergétique (prāṇamaya kośa),
    • le corps mental et émotionnel (manomaya kośa),
    • le corps intellectuel (vijñānamaya kośa),
    • le corps de félicité (ānandamaya kośa).

    Ainsi, le yoga est une voie d’harmonisation progressive de ces différents niveaux de l’être.

    Le yoga dans une approche pragmatique et contemporaine

    Dans une perspective plus pragmatique, le yoga peut être compris comme un ensemble de pratiques visant à améliorer la qualité de vie, la santé globale et la relation à soi.

    Aujourd’hui, le yoga est souvent abordé comme :

    • une pratique corporelle favorisant la souplesse, la force et la mobilité,
    • une discipline respiratoire améliorant la vitalité et la régulation du système nerveux,
    • une pratique de présence permettant de mieux gérer le stress, les émotions et les tensions mentales.

    Même lorsqu’il est enseigné de manière moderne, le yoga conserve une caractéristique essentielle : il agit simultanément sur le corps, le souffle et l’esprit. Cette approche intégrative le distingue profondément d’une simple activité physique.

    Dans cette vision pragmatique, le yoga devient un outil d’autorégulation, accessible à chacun, permettant de cultiver l’équilibre, la stabilité et la conscience au quotidien.

    Combinant l’approche traditionnelle du yoga à celle plus contemporaine, on peut dès lors dire que le yoga est une démarche permettant de trouver un certain équilibre et une présence d’esprit dans tous les défis du quotidien et, d’une  manière non moins pragmatique, de développer une meilleure connaissance de soi.

    Qu’est-ce que l’Ayurveda ?

    L’Ayurveda est la médecine traditionnelle de l’Inde. Le terme Āyurveda est composé de deux mots sanskrits : āyus (la vie, la durée de la vie) et veda (la connaissance, la science). L’Ayurveda est donc « la science de la vie ».

    Contrairement à une médecine centrée uniquement sur la maladie, l’Ayurveda s’intéresse avant tout à la santé, comprise comme un état d’équilibre dynamique entre le corps, l’esprit, les sens et l’environnement.

    Les principes fondamentaux de l’Ayurveda

    L’Ayurveda repose sur une vision holistique de l’être humain, intimement relié aux cycles de la nature. Elle décrit la physiologie et la psychologie humaines à travers les cinq éléments (pañca mahābhūta) :

    • l’éther,
    • l’air,
    • le feu,
    • l’eau,
    • la terre.

    Ces éléments s’organisent dans le corps sous forme de trois grandes forces biologiques et psychiques, appelées doṣa :

    • Vāta (éther + air) : principe du mouvement,
    • Pitta (feu + eau) : principe de la transformation,
    • Kapha (eau + terre) : principe de la structure et de la stabilité.

    Chaque individu possède une constitution unique (prakṛti), combinaison spécifique de ces trois doṣa. La santé correspond à l’expression équilibrée de cette constitution, tandis que la maladie résulte d’un déséquilibre (vikṛti).

    Une médecine de prévention et d’hygiène de vie

    L’Ayurveda accorde une place centrale à la prévention. Elle propose des outils concrets pour maintenir l’équilibre :

    • l’alimentation adaptée à la constitution et aux saisons,
    • les routines quotidiennes (dinacaryā),
    • l’adaptation aux cycles saisonniers (ṛtucaryā),
    • l’usage des plantes, des massages et des pratiques corporelles,
    • la prise en compte de l’état mental et émotionnel.

    L’objectif de l’Ayurveda n’est pas seulement de soigner, mais d’aider chacun à vivre de manière alignée avec sa nature profonde.

    La place du yoga dans l’Ayurveda

    Dans la tradition indienne, le yoga est pleinement intégré au système ayurvédique. Il fait partie des outils thérapeutiques et préventifs permettant de maintenir ou de restaurer l’équilibre des doṣa.

    Le yoga comme outil d’équilibrage des doṣa

    Les pratiques yogiques influencent directement les forces vitales du corps. Selon le type de postures, de respirations et de rythmes proposés, le yoga peut :

    • apaiser Vāta par des pratiques lentes, enracinantes et stabilisantes,
    • réguler Pitta par des pratiques modérées, rafraîchissantes et non compétitives,
    • stimuler Kapha par des pratiques dynamiques, échauffantes et mobilisantes.

    Ainsi, le yoga devient un véritable outil de régulation physiologique et énergétique, complémentaire aux recommandations alimentaires et aux routines ayurvédiques.

    Le yoga pour la santé mentale et émotionnelle

    L’Ayurveda reconnaît que l’esprit joue un rôle majeur dans l’apparition et la guérison des déséquilibres. Le yoga, à travers la respiration, la concentration et la méditation, est un moyen privilégié pour agir sur :

    • l’anxiété,
    • l’agitation mentale,
    • l’irritabilité,
    • la fatigue émotionnelle.

    Dans ce sens, le yoga soutient l’Ayurveda en offrant des pratiques directes pour pacifier le mental (sattva) et réduire les tendances perturbatrices (rajas et tamas).

    La place de l’Ayurveda dans le yoga

    Si le yoga apporte des outils puissants à l’Ayurveda, l’inverse est tout aussi vrai. L’intégration des principes ayurvédiques dans le yoga permet d’enrichir profondément l’enseignement et la pratique.

    Individualiser la pratique du yoga

    L’un des apports majeurs de l’Ayurveda au yoga est la reconnaissance de l’unicité de chaque pratiquant. Tous les corps ne réagissent pas de la même manière à une posture ou à un rythme de pratique.

    Grâce à la compréhension des doṣa, l’enseignant peut :

    • proposer des adaptations plus pertinentes,
    • éviter les pratiques inadaptées ou excessives,
    • guider les élèves vers une pratique réellement bénéfique pour eux.

    Cela permet de sortir d’une vision standardisée du yoga pour revenir à une pratique personnalisée et respectueuse.

    Adapter le yoga aux saisons et aux cycles

    L’Ayurveda enseigne que l’équilibre dépend aussi du temps, du climat et des saisons. Appliqué au yoga, cela invite à :

    • adapter l’intensité des pratiques au fil de l’année,
    • modifier les séquences selon les périodes de froid, de chaleur ou d’humidité,
    • tenir compte des cycles de vie, de l’âge et de l’énergie disponible.

    Le yoga devient alors une pratique vivante, en dialogue constant avec la nature.

    Soutenir la longévité et la cohérence de la pratique

    Enfin, l’Ayurveda apporte au yoga une vision de long terme. Plutôt que de rechercher la performance ou l’esthétique, elle invite à une pratique durable, nourrissante et évolutive.

    Cette approche favorise :

    • la prévention des blessures,
    • l’écoute des signaux du corps,
    • une relation plus douce et consciente à la discipline.

    Conclusion

    Le yoga et l’Ayurveda ne sont pas deux disciplines juxtaposées, mais les expressions complémentaires d’une même sagesse millénaire. Le yoga offre des pratiques concrètes pour harmoniser le corps et l’esprit, tandis que l’Ayurveda fournit un cadre de compréhension profond de l’individu et de son environnement.

    En les réunissant, le professeur de yoga et le praticien en Ayurveda peuvent proposer un accompagnement plus juste, plus individualisé et plus respectueux du vivant. Cette alliance permet de redonner au yoga sa dimension thérapeutique, et à l’Ayurveda sa dimension expérientielle.

    Dans un monde en quête de sens et d’équilibre, l’union du yoga et de l’Ayurveda apparaît plus que jamais comme une voie précieuse vers une santé globale et consciente.

    Bibliographie

    Textes classiques du yoga

    • Patañjali, Yoga Sūtra, avec le commentaire de Vyāsa (Yoga Bhāṣya).
    • Upaniṣad (notamment Katha Upaniṣad, Taittirīya Upaniṣad, Śvetāśvatara Upaniṣad).
    • *Bhagavad-Gītā, traduction et commentaires traditionnels.
    • Svātmārāma, Haṭha Yoga Pradīpikā.
    • *Yoga Yājñavalkya.

    Textes classiques de l’Ayurveda

    • Charaka, Charaka Saṃhitā.
    • Suśruta, Suśruta Saṃhitā.
    • Vāgbhaṭa, Aṣṭāṅga Hṛdaya.

    Ouvrages contemporains – Yoga et Ayurveda

    • Frawley, David (Vāmadeva Śāstrī), Yoga and Ayurveda, Lotus Press.
    • Frawley, David, Ayurvedic Healing, Lotus Press.
    • Lad, Vasant, Ayurveda: The Science of Self-Healing, Lotus Press.
    • Lad, Vasant, Textbook of Ayurveda, The Ayurvedic Press.
    • Svoboda, Robert E., Prakriti: Your Ayurvedic Constitution, Lotus Press.
    • Desikachar, T.K.V., The Heart of Yoga, Inner Traditions.

    Approches pédagogiques et santé intégrative

    • Feuerstein, Georg, The Yoga Tradition, Hohm Press.
    • Saraswati, Swami Satyananda, Asana Pranayama Mudra Bandha, Yoga Publications Trust.
  • Yoga et religion : défaire un mythe partiellement vrai…

    Le Yoga est-il une religion ?
    Yoga & religion... Le Dieu Ganesh

    Le Yoga est devenu très populaire à travers le monde et ses bénéfices pour le corps et l’esprit humain sont communément reconnus. Néanmoins, certaines personnes ont tendance à associer le Yoga à une religion, parfois la religion hindoue. A juste titre ?

    Il est vrai que le Yoga trouve son origine en Inde, mais en même temps, il est également vrai que le Yoga n’a jamais enseigné aucun dogme religieux. A l’adepte d’une religion – qu’il soit hindou, chrétien, musulman ou autre – il permet,  diront les indiens, d’être une meilleure personne religieuse selon sa propre foi.

    Dans cet article, nous tenterons de circoncire très succinctement les éléments essentiels de toute religion. Ensuite, nous explorerons le concept de dharma, concept indien souvent assimilé à celui de religion sur le sous-continent indien. Nous tenterons alors d’offrir une première réponse à la question ‘le yoga est-il une religion?’. Nous terminerons par donner des éléments de réponses à différentes objections généralement répandues considérant le yoga comme une religion.

    Qu’est-ce que la religion ?

    Le mot religion est un mot compliqué et souvent mal compris ou interprété. Un dicton dit : ‘Je savais ce qu’était le religion jusqu’au moment où l’on m’a demandé d’en donner une définition. Au moment de cette interrogation, la religion devint à mes yeux la chose la plus complexe qu’il soit…’. En d’autres endroits, il est écrit ‘La religion est la fille de l’espoir et de la peur, expliquée à l’ignorant au sujet de chose dont on ne peut avoir connaissance’ (Ambrose Pierce du livre ‘Oxford Dictionary of World Religion).

    Très souvent les personnes qui assimilent le Yoga à une religion ignorent souvent ce qu’est la religion. Tentons ensemble de percer le mystère de ce qu’est la religion.

    Toute religion du monde possède 3 composantes essentielles :

    L’idéal

    La théologie

    Le culte

    Toute religion propose un idéal à atteindre. Celui-ci est souvent l’union avec Dieu, comme le suggère l’analyse étymologique du mot re-ligare (re-lier). Notons que le concept de Dieu peut différer en fonction des croyances et convictions de chacun.

    Vient ensuite le culte. Celui-ci inclut toutes les pratiques permettant cette union avec Dieu. Toute personne qui se revendique comme appartenant à une religion pratique généralement un ensemble de rituels, de prières,… proposées par la religion à laquelle il adhère. A ce sujet, mettons en lumière que le culte revêt deux aspects :

    1. L’aspect superficiel
    2. L’aspect essentiel

    Dans le culte d’une religion, les prétendues autorités religieuses vont généralement mettre en avant l’importance des aspects superficiels du culte n’ayant probablement que peu de prise sur les aspects plus essentiels. Il me paraît intéressant de noter que la différences qui pourra exister entre deux religions sera davantage concernée par les aspects superficiels que par l’aspect essentiel. De fait, pour quelqu’un qui étudie profondément les différentes religions du monde, il est plus facile d’y trouver des similitudes que des différences. Malheureusement, ce sont les aspects superficiels qui sont généralement sur la table pointant les différences alors qu’au-delà des différences, les points de connivences sont légions.

    Toutes les religions souffrent de ce problème inhérent à ces deux aspects. D’autant plus que l’aspect le plus essentiel est intrinsèquement non-tangible et ce sont souvent sur les aspects tangibles – et donc plus superficiels – que se basent les échanges et autres débats.

    Dharma : Le concept de religion selon la tradition indienne

    En Inde, le mot Dharma est utilisé à la place de religion. Initialement, le mot se référait davantage aux règles religieuses et aux rituels prescrits, mais avec l’avènement des Upanishads (textes de la tradition védiques), le concept a évolué.

    Ainsi, dans les Upanishads, le Dharma englobe les moyens mis en place pour atteindre le Brahman (la réalité ultime). Le Dharma répond à la question de savoir comment mener notre vie pour atteindre l’éveil et se libérer de la souffrance.

    Une autre référence, le DharmaShastra, a englobé dans cette notion de Dharma tout un ensemble de prescrits éthiques ainsi que différentes règles de conduites. Dans ce texte, Manu, le premier à avoir énoncé des règles en Inde, énumère les 10 caractéristiques du Dharma. Elle sont :

    1. Dhriti – la patience
    2. Dama – le contrôle du mental
    3. Saucha – la propreté (du corps)
    4. Dhi – la sagesse
    5. Satya – la vérité
    6. Kshama – le pardon
    7. Asteya – la non-convoitise
    8. Indriyanigraha – le contrôle des sens
    9. Vidya– la connaissance
    10. Akrodha – l’absence de colère

    Il est intéressant de constater que la foi en Dieu est tout à fait absente de la liste de Manu.

    Déterminer quand est apparue la notion de foi dans la tradition indienne est une tâche probablement difficile. Selon différentes sources, il est vraisemblable qu’à la suite de l’invasion des Musulmans (au début du 8e siècle apr. J. -C.) et, plus tard, des Anglais en Inde, les indiens aient été en contact avec des gens d’autres croyances les amenant à associer le dharma avec la foi en Dieu.

    De nos jours, mais pas que, l’intolérance entre religions est la source de nombreux problèmes. Pourtant, aucun prophète n’a jamais prêché la compassion et l’ouverture à destination seulement des personnes partageant la même religion. C’est l’ignorance de l’universalité de ces règles – présentes dans toutes les religions – qui crée chez l’Homme les divisions de caste, la jalousie et les apparentes différences entre religions.

    Le Yoga est-il une religion ?

    Le Yoga est l’une des branche de la philosophie indienne et en tant que tel, il traite de la loi du Karma, de la naissance et de la mort, du concept de libération, etc. Ces concepts peuvent apparaître pour certains très asiatiques ou indiens, mais les références yoguiques que sont par exemple les Sutras de Patanjali ou les différents écrits de la tradition Hathayogique sont toutes « transreligieuses ».

    Tout être humain possède un corps qu’il souhaite en bonne santé le plus longtemps possible. Tout un chacun possède un mental pour penser, planifier, organiser, etc… Souvent instable, il est difficile à contrôler alors que l’on souhaiterait utiliser son énergie pour d’autres ambitions. Chaque être humain respire sans bien souvent avoir la conscience de l’importance de cet exercice en apparence anodin.

    Le Yoga est là pour tous afin de nous permettre de gagner en contrôle sur ce corps, ce mental et sur la respiration. Le Yoga est un ensemble de techniques centrées sur ces trois composantes fondamentale de l’être humain. En ce sens, le Yoga peut être considéré comme la religion du corps, de l’esprit et de l’existence de chacun d’entre nous.

    Les possibles éléments religieux dans le Yoga traditionnel :

    Voyons maintenant les quelques éléments qui peuvent amener l’esprit rationnel à assimiler le yoga à une pratique religieuse :

    1. Toute pratique commence généralement par une prière. En effet, en Inde, un mantra commence généralement chaque séance afin de favoriser l’émergence d’un environnement propice à la pratique.
    2. Dans l’enseignement, la référence à des textes sanskrits est souvent faite. L’association de la langue sanskrite crée une assimilation à la religion hindoue.
    3. Dans certains textes, il est recommandé de réciter des mantras durant certaines pratiques telles que les Pranayama, mudras ou dharanas.
    4. Certains concepts du yoga (Chakras, Vayu, Nadi, Kundalini,…) sont considérés comme associés à la religion hindoue.
    5. La récitation OM, souvent présente en début de cours, est assimilée à la religion hindoue.

    Tentons de trouver une solution à chacune de ces objections.

    Tentatives de solutions à ces objections :

    • Il est vrai que chaque pratique de Yoga commence avec une prière (de par son origine indienne). Mettons en évidence que l’enseignant de Yoga attache généralement davantage d’importance à la démarche introspective de la prière plutôt qu’au mantra védique en tant que tel. La prière est là pour créer un environnement propice à la pratique. Il s’agit de préparer le mental, de tourner notre attention sur notre objet d’étude dans l’instant, à savoir le corps, la respiration et le mental.
    • Le sanskrit est la langue véhiculaire de la tradition indienne et des textes de yoga, ce qui justifie son utilisation fréquente parmi les enseignants du Yoga. A ce sujet, l’utilisation d’autres langues est tout à fait appropriée et recommandée afin de faire en sorte que le message du yoga soit accueilli le plus simplement possible par les élèves. C’est par ailleurs ce qui se fait couramment.
    • Il est juste que la récitation de mantra ou de sons particuliers est recommandée durant certaines pratiques. Ces pratiques peuvent, il me semble, être laissées de côté pour les personnes qui ne se sentiraient pas confortables avec ce genre d’approche. A titre d’exemple, le texte de la Gheranda Samhita énonce clairement que deux types de pranayama peuvent coexister : Sagharba et Agarbha Pranayama, signifiant avec ou sans récitation de mantra.
    • Les concepts de chakra, Nadi, Vayu etc. ne sont pas des concepts religieux. Ils sont davantage ésotériques. Ils sont le langage utilisé par le yogi à l’époque où le lexique anatomique et physiologique n’était pas encore existant. Les personnes pratiquant le yoga constateront de par eux-mêmes via l’expérience et le ressenti l’existence de ces phénomènes. Il est ainsi recommandé au débutant en yoga de ne pas trop s’attacher à ces concepts et de les laisser naturellement éclore dans la pratique au fur et à mesure que son expérience grandit.
    • Indéniablement le son ‘AUM‘ est associé à la religion hindoue. Il a d’ailleurs son équivalent chez les chrétiens, Amen, ainsi que dans l’Islam, Amin. Les similitudes entre ces sons sont notoires et suggèrent que ces mots sont véritablement trans-religieux. Dans la Bible, Saint-Jean dit « Au tout début était le mot (ou la parole). Le mot était avec Dieu et Dieu était le mot ». Le son premier n’est d’autre que le son AUM. Dès lors que l’on analyse les 3 qualificatifs suivants – omnipotent, omniprésent, omniscient – il apparaît clairement que le mot ‘omni’ a une origine commune qui n’est pas loin du concept de AUM.

    Au-delà de ces objections, d’autres théories généralement associées au yoga (la réincarnation, la loi du karma, p.e) peuvent également perturber l’esprit rationnel. Afin de solutionner ce problème, divisons la science yoguique en deux aspects : l’aspect philosophique et l’aspect pratique. Dès lors, à ceux qui seraient dérangés par la démarche philosophique du yoga, il est recommandé de se limiter à son aspect pratique, les assurant des bienfaits qui sont généralement assimilés à la pratique du Yoga et laissant complètement de côté les aspects qui pourraient sembler religieux.

    Conclusion :

    Cet article a prouvé que les charges contre le yoga – l’assimilant à une pratique religieuse – peuvent être soit démenties par un raisonnement logique, soit tout simplement ignorées pour se concentrer sur l’aspect pratique du Yoga.

    En guise de conclusion, on peut dire que le Yoga est une invitation à ouvrir notre esprit. Acceptons le Yoga comme l’une des pratiques psychosomatiques les plus efficaces pour prendre soin de l’être humain à travers un ensemble de pratiques non-religieuses pour autant qu’elles soient suivies et pratiquées religieusement.

  • La récitation Om, une pratique mystique ?

    Pratique & sens de la récitation du mantra ‘Om’
    mantra Om

    Bonjour,

    Dans cet article, je souhaiterais aborder la question d’une pratique très répandue dans le yoga : la récitation du mantra Om. Souvent pratiqué en début et en fin de séance, j’ai souvent observé que cette pratique peut paraître mystique, faire rire parfois même tant elle peut être surprenante pour les néophytes.

    Dans cet article, je ferai simple. Je vous propose de reprendre un article intitulé Chant A – U – M for Stressfree Life, de Ravi M. Dixit, directeur du centre Kaivalyadhama, Mumbai.

    Le voici.

    OMKARA / PRANAV

    Le sens :

    « OM », de par son étymologie est dérivé de la racine nu signifiant « prier » à laquelle est adjointe le préfixe pra qui signifie « supériorité ». Le mot peut donc signifier « la prière supérieure », ou « la meilleure prière ».

    La technique :

    1. Se tenir assis dans n’importe quelle position confortable. Inspirer complètement;
    2. Doucement, et avec un minimum d’effort, expirer en récitant le mot A – U – M. Le son A + U est prononcé comme ‘O’. Il est tenu pour une courte période (3-4 secondes). Ensuite, les lèvres se ferment légèrement pour former le son ‘M’ qui est tenu autant que possible. La récitation peut se faire à voix basse ou modérée.
    3. Lors de la récitation, l’abdomen se contracte doucement et progressivement. En fin de récitation, il revient à sa position originale.
    4. Après une récitation, la pratique peut être reproduite directement ou après quelques respirations intermédiaires.  (De meilleures résultats sont constatés quand Omkar est précédés d’exercices de Pranayama selon le texte Bhagavan Puran)

    Le regard :

    Les yeux sont tranquillement fermé.

    Le mental :

    Lors de la récitation, se concentrer sur le son. Si la récitation est à voix basse, se concentrer sur le ressenti intérieur, et dans le cas d’une récitation à voix haute, se concentrer sur la prolongation du son ‘M’ et sur la respiration.

    La posture :

    Se tenant de face, le corps doit être droit mais détendu. Se donner à l’expérience des sensations sur l’ensemble du corps. Arborer un sourire intérieur (la joie yoguique) comme peut le faire un religieux dans son lieu de culte.

    Durée / Répétition :

    Omkara peut être pratiqué pour un minimum de 3 à 10 cycles, ou plus.

    Quelques précautions :

    S’assurer que le son est rythmé et musical. Le chant en soi doit ressembler à la beauté du son d’une cloche.

    Pratiquer dans la limite de ses capacités, de sorte à ne pas éprouver de sentiment de fatigue en fin de récitation.

    Les bénéfices :

    La récitation à voix basse aide le pratiquant à diriger son attention sur la sensibilité du corps et développe son intériorité.  A voix plus haute, la récitation aide à harmoniser l’attention entre notre vie spirituelle et notre quotidien de tous les jours. L’inspiration nous donne l’énergie nécessaire pour nos actes du quotidien; l’expiration nous offre la relaxation. OM étant fondamentalement une expiration prolongée, sa pratique a un effet relaxant.

    Durant la récitation, notre attention est dirigée sur la prolongation du son. Au plus le son est long, au plus nos capacités d’attention se développent, ce qui signifie une amélioration de nos capacités de concentration. Les processus mentaux – la pensée – s’en retrouvent réduits; l’esprit se calme. Un esprit plus calme tend à avoir un meilleur équilibre émotionnel, qui par ailleurs, en se développant, permet à son tour de calmer le mental.

    De manière ultime, la pratique de OM permet d’expérimenter un sentiment de joie unique, la joie yoguique.

    Voyons ce qu’il en est  au niveau physiologique.

    Les vibrations produites par la lettre ‘M’ s’élèvent depuis la région juste en dessous du nombril jusqu’à la glande pituitaire. Comme l’hypothalamus est connecté à cette glande, il expérimente également ces vibrations produites lors de la récitation et renforce la sécrétion de certaines hormones ayant un effet positif sur le corps, l’esprit et les émotions.

    Lorsque la récitation a lieu en posant son attention sur le troisième œil (situé entre les 2 yeux), le centre énergétique correspondant – Ajna Chakra – est stimulé.

    Om symbolise tout chose sur terre, la fin et les moyens de notre présence sur terre ainsi que la vérité profonde qui se cache derrière notre existence.  Om symbolise tant le matériel que le sacré, le manifesté que le non-manifesté. Om est la Réalité Ultime.

    La récitation et la contemplation sur Pranava (AUM) – qui est un symbole de la divinité – mène à la guérison de différents maux (maladie, langueur, doute, insouciance, fainéantise, attachement démesuré, désillusion, incapacité à avoir un corps et un esprit stables, etc.)  


  • Démystifier l’esprit du Yoga sous le prisme du Hatha Yoga

    Le Hatha Yoga, une tradition ancienne au service de notre mieux-être

    Cet article a pour but de puiser dans la tradition du Hatha Yoga et de son texte le plus reconnu, la Hatha Pradipika, afin de mieux comprendre ce qu’est le Yoga en général.

    Après une étude étymologique visant à comprendre la symbolique du Hatha Yoga, nous aborderons le sujet en puisant dans les textes de cette tradition. Nous comparerons les objectifs du Hatha Yoga tels que présentés dans la Hatha Pradipika avec ceux énoncés par le sage Patanjali. Nous explorerons ensuite les différents piliers composant la pratique du Hatha Yoga. Nous parlerons de la place du corps dans la pratique ainsi que de l’importance de l’attitude.

    Mais commençons avec une rapide étude des origines du mot Hatha.

    Qu’est-ce que le Hatha Yoga ?

    Le hatha yoga est étymologiquement la combinaison de 2 lettres sanskrites qui représentent 2 conditions/principes différents et apparemment opposés:

    • Le ‘Ha‘
    • Le ‘Tha‘

    Le Ha représente le soleil, la droite, le principe de chaleur, le nadi Pingala.

    Le Tha représente la lune, la gauche, le principe de froid, le nadi Ida.

    Le Ha et le Tha se combinent en un troisième principe : le principe d’équilibre, de balance entre les 2 précédents.

    Le Yoga selon la tradition Hatha, c’est donc la recherche d’un équilibre dans la vie de l’homme, celui symbolisés par le  Ha et le Tha dans l’Inde traditionnelle.  A notre niveau, cet équilibre est celui qui est à chercher entre ces dualités qui jalonnent notre quotidien : le bien et le mal, le plaisir et la douleur, la joie et la tristesse, le manque et l’abondance.

    Le Yoga est cette vision très pratique et qui se développe par la pratique – du Hatha Yoga notamment – qui vise à nous défaire de ces idées reçues, de ces schémas mentaux que sont les dualités.

    Car en effet, dans notre quotidien, de manière générale, ce troisième principe est presque inexistant. Notre mode de vie est souvent déséquilibré,  balancé tant trop d’un côté, tantôt trop de l’autre. Nous vivons une vie binaire, souvent faites d’excès, de hauts et de bas.

    Au niveau du corps, nous pouvons observer ce déséquilibre. Ainsi, de manière pragmatique, si nous observons par exemple notre respiration, nous constaterons que le plus souvent notre respiration est dominante dans une narine en comparaison de sa voisine. En comparaison, lors de certains moments d’harmonie, ou peut-être à la suite d’une pratique de yoga appropriée, nous constatons que nos deux narines fonctionnent de manière équilibrée. Nous constaterons un état mental particulier, un état de détente, de sérénité souvent associé à la pratique du Yoga. C’est ce troisième principe qui est à l’œuvre. Le principe d’équilibre, qu’est le Hatha Yoga. Dans le langage de Patanjali, les mouvements du mental se sont apaisés et l’esprit est tranquille.

    La pratique du Hatha Yoga a donc pour visée d’équilibrer notamment le fonctionnement des deux narines, le fonctionnement entre Ida nadi, le canal énergétique passant par la narine gauche et Pingala nadi, le canal énergétique passant par la narine droite. Ces canaux, souvent associé aux narines, organes physiques, doivent cependant être conçus de manière plus subtiles : en effet, les nadis ne peuvent être limités à ces régions du corps dans lequel circule l’air. De la même manière, l’énergie véhiculée par ces nadis, le Prana, ne peut être résumé à l’air.

    C’est tout le travail du Yoga et du hatha yoga de découvrir la subtilité qui se trouve derrière notre corps physique !

    Intéressons-nous à présent à un texte fondateur du Hatha Yoga, la Hatha Pradipika et voyons ce que ce texte peut nous apporter dans notre quotidien.

    La Hatha Pradipika, texte de référence du Hatha Yoga

    Hatha Yoga

    La Hatha Pradipika est un texte indien daté entre le 13e et 15e siècle de notre ère selon l’institut Kaivalyadhama (Kdham), Lonavla. Il est donc bien postérieur aux Sutras de Patanjali (PYS) – texte souvent donné comme référence lorsque l’on parle de Yoga – daté entre le 8e et le 2e siècle avant notre ère. En outre, il est intéressant de noter que la Hatha Pradipika est classée par Kdham comme un texte distinct de la tradition védique de laquelle font partie les PYS. Son influence tantrique notamment est reconnue via la présence de concepts tels que celui de Kundalini, ou des pratiques comme les mudras.

    Son auteur est Svatmaram, tel qu’il se présente en début de texte.

    La traduction littérale de Pradipika est « ce qui rend léger ». Le Hatha Yoga de la Hatha Pradipika propose donc un travail sur les dualités de l’être humain qui rend l’Etre plus léger.

     

    Hatha Yoga et Patanjali, un même objectif

    Un premier point intéressant à la lecture du premier vers de ce texte concerne l’objectif du Hatha Yoga avoué par Svatmaram : 

    Le Hatha Yoga est destiné à ceux qui veulent ‘atteindre les sommets proposés par le Raja Yoga’, ce dernier étant généralement assimilé au Yoga de Patanjali.

    Donc dans ce verset, il est dit que le Hatha Yoga propose – nous le verrons via un travail sur le corps principalement – d’atteindre les mêmes objectifs que le Yoga de Patanjali, à savoir yogacittavrittinirodhah, la cessation des fluctuations du mental. Le yoga, selon l’école Hatha, a donc aussi comme objectif de transcender le mental. A ce titre, bien que des notions comme dhâranâ (la concentration), dhyâna (la méditation) n’y soient pas présentes comme tel, l’objectif est le même.

     

    La place du corps dans le Hatha Yoga

    La particularité du Hatha Yoga est d’énoncer l’importance d’un travail sur le corps pour atteindre la paix de l’esprit. Le Hatha Yoga est souvent présenté comme le yoga de l’effort.

    Ainsi dans la Hatha Pradipika, 4 chapitres forment le corpus du texte et décrivent un ensemble de techniques de manière très précise. Autant les Sutras de Patanjali ont un aspect davantage métaphysique et ne présentent quasi pas de technique; autant la Hatha Pradipika donne certains détails jusqu’à la position des orteils, ou le placement du regard.

    Les 4 chapitres du texte sont les suivants :

    1. Les âsana, pour travailler sur le corps.

    A ce sujet, l’âsana est défini par Svatmaram comme une pratique visant à apporter au pratiquant la force et la stabilité, la santé et un sentiment de légèreté. Il a aussi choisi de ne présenter que 15 âsana parmi la multitude de postures recensées. Ces 15 postures à elles seules permettent d’atteindre les objectifs précédemment cités.

    2. Les Kumbhaka, assimilé au Pranayama de Patanjali, proposent des exercices sur la respiration.

    3. Les mudra, qui sont des gestes liés à des état mentaux, émotionnels et dévotionnels particuliers.

    4. Le nâdânusandhâna, pour travailler sur les sons internes au corps.

    Dans ces quatre chapitres, c’est bien à un travail corporel que l’adepte est invité. Dans la tradition du Hatha Yoga, le corps – et ses subtilités, c’est important – est la porte d’entrée d’état mentaux et spirituels plus élevés.

     

    L’importance de l’attitude

    Dans les Sutra de Patanjali, sont énoncés les Yama et Niyama qui sont considérés comme les prémisses du Yoga, des attitudes ou valeurs jugées importantes dans la pratique du Yoga. Ahimsa, la non-violence, Satya, la pratique de la vérité, Brahmacharya, l’esprit constamment disponible au Brahman, la réalité supérieure, en sont des exemples.

    La Hatha Pradipika ne fait pas exception. A sa manière, elle nous parle de facteurs propices à la pratique du Yoga. Ce sont en quelque sorte des do’s & don’t. Je les cite simplement ici :

    • Do’s : l’enthousiasme, le courage, la persévérance, la compréhension correcte, la détermination, limiter ses contacts publics
    • Don’t : Le fait de trop manger, d’être trop actif, de trop parler, la soumission de soin à des règles/austérités trop grandes, trop de contacts publics, l’inconstance de l’esprit.

    Ces indications peuvent nous sembler aller de soi, certes. Mais il est important de se les rappeler de temps en temps. Ainsi, il va de soi que manger trop va nuire à notre pratique et nous ne récolterons du coup pas les effets escomptés. Par contre, il est probablement moins évident de se rendre compte – et plus difficile de s’aligner sur cette recommandation -de l’impact de nos activités/engagements professionnels et personnels, sur notre pratique de Yoga et sur notre bien-être de manière générale. Or, ce point est crucial, et c’est là que nous nous rendons compte que le Yoga est une pratique qui va bien au-delà du tapis !

     

    La purification, fondement du Hatha Yoga 

    Nettoyer et préparer le corps semble être l’un des fondements du Hatha Yoga. Ainsi les Asanas présentés dans le 1er chapitre de la Hatha Pradipika ont pour visée de purifier le corps, de le rendre prêt à la pratique des kumbhakas (les exercices de respiration) notamment. 

    Quant aux kumbhakas, il sont, dans le texte, précédés d’un ensemble élaboré et complexe d’exercices de nettoyage particuliers au Hatha Yoga : les Satkarma, aussi appelé Kriyas. 

    Travaillant sur le corps également, l’intention est la purification des parties internes du corps (viscères abdominales, région nasale, bouche, yeux). Le but est également de gagner en contrôle sur un ensemble d’actions involontaires inhérentes au fonctionnement du corps tels que la digestion, la respiration, la vue.

    Les plus connus et pratiqués de ces kriyas sont les suivants :

    • Dhauti : une technique visant à nettoyer les voies digestives depuis la bouche jusqu’à l’estomac. Les plus connus sont Vamana et Vastra Dhauti : dans le premier, le pratiquant ingère de l’eau jusqu’à remplir complètement son estomac avant de se faire vomir. Dans le second, il s’agit d’ingérer un léger ruban de tissu d’une longueur de  3m jusqu’à ce que celui-ci remplisse complètement l’espace de l’estomac avant de le faire revenir par la bouche.
    • Neti : une technique visant à nettoyer la région nasale et les nadi s’y afférant. Jala neti le fait avec de l’eau que l’on fait couler d’une narine à l’autre.  Sutra neti se pratique en insérant un fin cordon en coton ou caoutchouc depuis une narine jusque dans la bouche.
    • Trataka : une technique de nettoyage des yeux. L’objectif est de fixer son regard sur une bougie allumée sans cligner des yeux jusqu’à ce que des larmes en coulent.
    • Kapalbhati, Nauli : deux techniques de nettoyage de la région basse de l’abdomen. Elles sont réalisées en gagnant progressivement plus de contrôle sur les muscles de cette région.

    Ces techniques, fondamentales au Hatha Yoga, sont souvent prescrites dans le cadre de traitements de Yoga Thérapie. Elles sont pratiquées régulièrement par les adeptes de Yoga les plus fervents. A notre niveau, si nous ne les pratiquons pas, il me semble néanmoins important de s’imprégner des principes qui sous-tendent ces techniques. Ainsi, le soin de nos différents appareils – digestifs, respiratoires notamment – est fondamental. La purification du regard et un travail d’exploration sur le fonctionnement de nos sens – la vue, en premier lieu – est essentiel. Ceux-ci sont en effet souvent soumis aux dictats de notre mental et leur (ré-)apprendre à fonctionner de manière instinctive ou naturelle fait partie de la démarche du Yoga.

     

    Kumbhakas, les techniques de respiration 

    Sitkari Pranayama

    HP, II, 4 (Hatha Pradipika, Chapitre 2, verset 4) énonce l’importance de la purification des nadis avant de commencer les pratiques de Kumbhakas. Dans le second et le troisième versets, Svatmaram parle de Pranayama, comme étant la capacité à contrôler le Prâna.

    Svatmaram décrit 7 types de Kumbhakas dans la Hatha Pradipika : Surya Bedhana, Ujjayi, Sitkari, Bhastrikâ, Bhrâmari, Murcchâ et Plâvini.

    Les effets de ces pratiques de respiration sont décrites en HP, II, 78  : un corps fin, un visage radieux, une voix claire, un regard lumineux, la fin des maladies, (chez les hommes) le contrôle sur l’éjaculation, une digestion parfaite, la purification des nadis.

    Dans le début de cet article, nous avons évoqué l’importance de la respiration comme un moyen d’équilibrer le Ha et le Tha. Il n’est pas anodin que Svatmaram propose tant de techniques différentes avec des vocations et des bénéfices variés. La respiration est le fondement de toute pratique de Yoga et les asana sont en quelque sorte, selon la Hatha Pradipika, une préparation nécessaire à ce travail plus subtil sur la respiration que sont les kumbhakas.

    Autre point notable dans la tradition hathayogique, la Kumbhaka représente véritablement la rétention du souffle. Et dans cette tradition, cette pause qui a lieu entre l’inspire et l’expire et entre l’expire et l’inspire est à prolonger. Travailler sur la respiration, c’est en langage hathayogique prolonger et ralentir sa respiration.

    Les mudras et les pratiques tantriques 

    Bien que peu le sachent, les mudras sont une partie importante du Hatha Yoga. Le chapitre 3 de la Hatha Pradipika compte pas moins de 126 versets au sujet de ces techniques.

    Les mudras sont un ensemble de pratique issues typiquement de la tradition hathayogique, bien qu’ils soient également présents dans certaines danses indiennes. Il s’agit de positions particulières du corps (main, yeux & jambes principalement), liées à des états émotionnels particuliers.

    Les mudras sont aussi présents dans la tradition tantrique, qui est bien plus ancienne que la tradition védique. Ainsi, les 5M – ou la pratique des 5 interdits (viande, poisson, vin, céréales séchées & sexualité) – comprenaient notamment la pratique des mudras. Mais la tradition Hatha a également apporté sa contribution à cette sciences très ancienne.

    Les objectifs de cette pratique sont les suivants:

    • Faciliter le flux des énergies dans le corps
    • Eveiller la Kundalini
    • Protéger les énergies spirituelles (positives)
    • Protéger des/les énergies primales

    Ce qu’il me semble intéressant de noter quant à la présence de ce genre de pratiques – souvent peu pratiquées – est l’importance de la symbolique. Le corps est symbole. Ce corps fait de chair et d’os est l’image d’une réalité plus subtile. Et dès lors, en travaillant sur ce corps ‘grossier’, nous travaillons, nous modulons également une réalité plus ‘subtile’.

    Cette importance de la symbolique doit selon moi être également appliquée à notre pratique posturale, les âsana. La posture est symbolisme. Au-delà du corps grossier, l’âsana module d’autres sensibilités de notre Être.

     

    Nâda, le son du corps 

    Le dernier chapitre de la Hatha Pradipika traite de la pratique nommée Nâdânusandhâna. Je ne rentrerai pas dans les détails de cette pratique que je ne connais que très peu. Il s’agit d’un travail d’écoute des sons internes du corps. Le sont étant lié au mental, cette pratique permet de contrôler les pensées et de stabiliser le mental.

    Au sujet du mental, je partage avec vous 4 comparaisons du mental issus de la tradition indienne qui permettent de comprendre comment nous fonctionnons :

    • Le mental est dit comparable  à une biche pour la vitesse de ses mouvements;
    • Le mental est comme un cheval pour l’intensité qu’il développe pour atteindre ses buts;
    • Le mental est tel le mercure, toujours en mouvement
    • Enfin, le mental est tel le serpent, absorbé par le son de la flute du charmeur de serpent.

    Le son, Nâda, est une porte d’accès au mental depuis des millénaires en Inde. La ferveur toujours actuelle avec laquelle certains récitent les mantras le prouve. Travailler sur le son, c’est travailler à adoucir son mental.

     

    En guise de conclusion,

    Le Yoga, selon la tradition du Hatha Yoga, est un ensemble de techniques. Un travail sur le corps via les postures certainement. Un travail plus subtile via la respiration très clairement. Il est aussi une invitation à aller au-delà de ces techniques fort répandues à travers le monde et prendre conscience de l’importance de la SYMBOLIQUE du corps et du pouvoir du SON.

    A comparaison de la tradition du Raja Yoga, la tradition hathayogique prône le travail sur le corps comme voie d’accès à un mental apaisé.

    Unir le Ha et le Tha, c’est travailler avec les techniques proposées sur le mental. C’est fondamental. Le Hatha Yoga, le Yoga, c’est un travail sur le pouvoir du mental, vers la méditation et l’absorption de ce dernier dans un état de non-pensée.

    Enfin, le Yoga est certainement un ensemble de techniques – la tradition hathayogique en regorge; En ce sens, il est un outil, un moyen.

    Il est aussi la fin, l’état tant recherché. Ainsi, sur le tapis, oublions nos intentions, et laissons-nous toucher par la grâce de cet état de non-agir qui nous traverse dans l’instant.

    Yannick

  • Energie vitale et respiration : L’art du Pranayama selon Patanjali

    Qu’est-ce que le Pranayama selon la tradition du Raja Yoga ?

    La respiration est un fondement de notre humanité. Malheureusement, elle est souvent laissée de côté, ignorée alors qu’elle est le trait d’union entre notre corps physique et notre mental. Elle est LA clé pour un mieux-être ainsi que pour notre développement spirituel.

    Cet article de blog reprend – sous forme de 2 courtes vidéos – un atelier  qui a été donné sur ce sujet fondamental qu’est le Pranayama – ou l’art du contrôle du souffle – selon l’enseignement de Patanjali, auteur du texte de référence en yoga, les Yoga Sutra de Patanjali.

    La structure de cette présentation est la suivante : 

    Dans la vidéo Partie 1 :

    • Contextualisation générale : Qu’est ce que le Raja Yoga de Patanjali? En quoi diffère-t-il du Hatha Yoga souvent plébiscité ?
    • Le concept de Prana selon la tradition indienne. Présentation succincte de la théorie du Pancha Prana
    • Qu’est-ce que le Pranayama ? Décortication étymologique.

    Dans la vidéo Partie 2 (à venir) :

    • Le Pranayama selon les Sutras de Patanjali : Sutras 49 à 53 du Pada II.
  • Le Yoga : découverte d’une tradition indienne

    Qu’est-ce que le Yoga traditionnel?

     

    « Le mot philosophie (du grec ancien φιλοσοφία, composé de φιλεῖν, « aimer » et σοφία, « la sagesse, le savoir », c’est-à-dire littéralement : « l’amour de la sagesse ») désigne une activité et une discipline existant depuis l’Antiquité et se présentant comme un questionnement, une interprétation et une réflexion sur le monde et l’existence humaine, ou encore comme un savoir systématique. » Tel est la définition de la philosophie donnée par Wikipédia. Le Yoga n’est pas une philosophie, dans le sens couramment entendu en occident.

    Le Yoga est un darśana (दर्शन). La racine de ce mot sanskrit est ‘drś’ qui est communément traduite par ‘voir’. Le darśana se différencie de la philosophie et de son amour du Savoir par la capacité de Voir. Il s’agit évidemment d’une vision bien plus aiguisée et subtile que la simple vision de l’œil. L’objet du yoga, ainsi que des cinq autres darśana de la tradition indienne, est donc de voir, de sentir, de vivre et de réaliser la Vérité.

    Le concept de dharma a été très tôt utilisé dans l’Inde ancienne afin de définir les règles religieuses et rituels à suivre afin de développer cette capacité de Voir. Plus largement, le Dharma représente la Vie, l’équilibre absolu de l’univers. Toute parcelle de la création suivant son propre dharma (svadharma) contribue également à l’équilibre de la création et de l’univers. L’Homme, également possède son propre Dharma qu’il est invité à suivre afin de s’inscrire dans le sillon de la Volonté Universelle. Ce concept de dharma est ancré dans nombre de ‘philosophies’ orientales. Bien que très peu cité dans la tradition yoguique, il reste néanmoins au centre de cette pratique.

    Le Yoga représente la Vie, l’équilibre absolu de l’univers.

    Le Yoga (योग) est donc l’un des six darśana de l’Inde ancienne permettant à l’Homme de mettre sa vie au service du Dharma. La racine sanskrite du terme yoga est ‘Yuj‘,unir. Le yoga est donc littéralement l’union. Plus communément, le Yoga se définit comme une discipline pratique, méthodique et systématique qui permet de libérer les potentialités latentes de l’Homme. Cette discipline crée l’union entre le svadharma individuel, ou conscience individuelle, et le Dharma universel, ou conscience collective.

    Plusieurs écoles de yoga existent. Je ne parlerai ici que des 2 plus connues : le Rāja Yoga, systématisé par le sage Patañjali environ 200 ans avant JC et le système du Haṭha Yoga également très ancien dont la systématisation la plus reconnue est la Haṭha yoga pradīpikā qui serait datée, selon le Kaivalyadhama Institute de Lonavla, du 14 au 16è siècle après JC.

    Le Yoga de Patañjali est également appelé Ashtanga yoga, le yoga composé de huit membres : yama, niyama, āsana, prānāyāma, pratyāhāra, dhāranā, dhyāna, samādhi. Les yamas sont des règles de vie universelles, applicables en toutes situations. Elles prescrivent les 5 comportements suivants : Ahimsā (non-violence), Satya (vérité), Asteya (ne pas voler), Brahmacharya (conduite conforme au Brahman), Aparigrahā (non-possession). Les niyamas constituent des disciplines de vie qui dépendent des circonstances, du lieu, du temps et de la situation sociale. Ils impliquent le respect de 5 principes : Śauca (pureté), Santoṣa (contentement), Tapa (ascèse), Svādhyāya (étude de soi), Iśvara Pranidhānāni (dévotion envers le Seigneur, ou abandon de soi). Les Āsanas constituent la troisième phase de l’Ashtanga Yoga et forment l’ensemble des positions qui permettent la stabilisation du corps et du mental. Le Prānāyāma vise le contrôle du Prāna, le souffle vital ; il s’agit principalement d’une discipline des fonctions vitales via notamment une action sur la respiration. Pratyāhāra, communément compris comme le retrait des sens, vise une intériorisation toujours croissante du mental et des sens, le développement d’une meilleure présence à soi. Viennent ensuite dhāranā, dhyāna et samādhi. Ils se caractérisent par une atténuation et un contrôle du mental. La méditation fait partie de ces 3 derniers membres. Dans les sūtras de Patañjali, le yoga est défini comme tel : le Yoga est la cessation des fluctuations du mental (yogaścittavṛittinirodhaḥ, PYS,I,2).

    Le Haṭhayoga peut se définir en décomposant le terme Haṭha en « Ha » (positif, soleil, masculin) et « Tha » (négatif, lune, féminin). Haṭha yoga signifie donc unir le plus et le moins, le soleil et la lune,le masculin et le féminin, c’est-à-dire les contraires, les atteler ensemble. L’équilibre, l’union est donc au centre du Haṭha yoga. Bien que souvent associé à la pratique des āsanas, le Haṭha yoga, tel que décrit dans la Haṭha yoga pradīpikā se compose de 4 étapes : āsana, kumbhaka, mudrā et nādānusandhāna. (HYP,I,56).

     

    Voici quelques définitions du yoga selon différentes traditions :

    • « yoga ścitta vṛittinirodhaḥ » (PYS I,2) :   Le yoga est la cessation des fluctuations du mental.
    • « Yogah samadhih » (Vyasa, commentaire de PYS,I,1)
    • « Yogah bhavati duhkhaha » (Bgd Gîta,II,50) :   Le yoga est une méthode à travers laquelle atteindre la cessation de toute souffrance.
    • « Manah prasamanopayah yoga ityabhidhiyate » (Yoga Vasistha) :   Le Yoga est un moyen pour calmer l’esprit.
    • « Samyoga yoga ityukto jivatmano parmatmanoh » (Tradition Hatha yoga) :   L’unification du Soi individuel avec le Soi Universel est le Yoga.
    • « Le Yoga est la totale intégration et harmonie entre les pensées, les mots, et les actions, ou la totale intégration entre la tête, le cœur et les mains. » (Swami Satyananda)

    Ces définitions, quoi qu’appartenant à des courants différents du Yoga et probablement issues d’époques différentes, s’accordent néanmoins sur le fond. Le Yoga est une méthode qui vise à libérer l’homme des dualités via une discipline et un contrôle du corps et du mental. L’état atteint par cette pratique est appelé l’état de libération, mokṣa ou tout simplement Yoga.

    Le Yoga est à la fois l’état atteint par l’homme qui a réussi à accorder son environnement intérieur, le Soi individuel, avec l’environnement qui lui est extérieur, le Soi universel, et la méthode qui permet d’atteindre cet état. En ce sens, le yoga est à la fois la fin et le moyen d’un cheminement qui lie deux extrémités.

    Le Yoga traditionnel est une pratique, un engagement, une discipline. De par nature, le yoga doit être conçu comme une pratique purificatrice. La nécessaire première étape est en effet la purification du corps grossier, via la pratique des āsanas. Vient ensuite un travail plus subtil agissant notamment sur l’énergie vitale, le Prāna. Via ce travail sur le souffle vital, on purifie les fonctions mentales, la citta.

    Renonce ! Non pas à l’action, mais au fruit de l’action.

    Il est évident qu’aussi bien qu’il existe un yoga contemplatif, un yoga du renoncement principalement axé sur la réalisation de soi, il existe également un yoga engagé, un yoga du renoncement, non pas au monde, mais à l’ego qui nous gouverne.

    Tel est clairement le message du Yoga énoncé dans la Bhagavad-Gītā. Le Yoga qui y est présenté ne développe pas de concepts nouveaux ; il a simplement réorganisé les concepts préexistants. L’apport de la Bhagavad-Gîtâ fût, en son temps, de replacer le yoga au centre de la vie mondaine, invitant à un yoga qui ne soit pas réservé aux seuls sannyasins. Le yoga présenté tel quel invite à l’action et la participation active de l’homme à la Création. La quête spirituelle de l’homme s’inscrit désormais dans la vie de tous les jours et non plus comme la recherche d’un état méditatif qui nous prive de lien avec la réalité matérielle. Cette approche du yoga redéfinit la place de l’homme comme l’acteur qui place sa vie, son action, au service de la Volonté Divine, et donc du bien-être de la création et de l’univers. La Gītā ne prône non pas la renonciation de l’action, mais bien la renonciation dans l’action. Il s’agit là d’un yoga engagé! La Gītā nous invite à faire la synthèse des 3 bhāvāna yoga qui étaient déjà existant dans la tradition yoguique avant son arrivée:

        • le Karma yoga, ou le yoga de l’action,
        • le Jñāna yoga, ou le yoga de la connaissance,
        • le Bhakti yoga, ou le yoga de la dévotion.

    L’investissement du Sādhaka, l’homme qui voue sa vie à la recherche de l’équilibre en pratiquant le yoga et en vivant selon son enseignement, doit se faire également dans ces 3 yoga. Le Yoga auquel nous invite la Bhagavad-Gîtâ est un yoga dit ‘intégral’ qui agit sur toutes les strates de la personne humaine. En accord avec la tradition védantique du pañca kośa (cette théorie est plus amplement développé en page 25), cette approche du Yoga nourrit les 5 kośas de manière égale. Uniquement un Yoga intégral qui met la Vie et l’action pour la vie au centre des préoccupations de l’homme est respectueux du Dharma car il invite l’homme à s’engager dans le chemin du développement de la Conscience Universelle.

    Ce triple investissement de l’homme dans le yoga se retrouve également dans le système du Kriya yoga développé par Patañjali dans ses sūtras :

    « Tapaḥ svādhyāyeśvarapraṇidhānāni kriyāyogaḥ » (PYS,II,2)

    ‘La discipline, l’ étude de soi et l’abandon de soi forment le Kriya Yoga.’ Tapa est ici associé au karma yoga, svādhyāya au jñāna yoga, Iśvara Pranidhānāni au bhakti yoga. A nouveau donc, l’Ashtanga yoga de Patañjali est un yoga de l’engagement!

    Le Yoga, tel que décrit dans les textes anciens du Véda et du Vedanta, dans les sūtras de Patañjali et d’autres traditions du yoga, servira de base à la réflexion qui suivra dans les chapitres suivants de cet ouvrage. Il s’agit d’un yoga traditionnel qui a ses racines dans une civilisation de l’humanité très ancienne. Le yoga serait apparu avant même la période aryenne de l’Inde et aurait été pratiqué à l’époque de la civilisation de l’Indus.

    Le Yoga est intégral, et universel, engagé et en lien avec la Vie.

    En même temps qu’il est ancien et d’origine indienne, le Yoga reste pleinement d’actualité, applicable dans notre ère et quelle que soit la situation géographique. Il s’agit clairement d’un yoga intégral et universel. Ce yoga est engagé, et en lien avec la vie. Il est un yoga qui s’inscrit comme un darśana, une manière de voir et sentir le monde.

  • Vivre au 21e siècle : du yoga traditionnel au yoga ‘objet’

    Le yoga, entre tradition et modernité . . .

    Bonjour,

    Dans cet article, je vous propose une réflexion – assez courte, à mon habitude – sur la place du yoga dans nos sociétés modernes au regard de son origine indienne.

    Je ne vous apprendrai rien en disant à quel point le yoga est plébiscité de nos jours dans les pays dit occidentalisés…  Mais il est à constater que sa popularité croit également dans son pays d’origine, l’Inde au fur et à mesure que celle-ci se développe économiquement. S’y développe une pratique du yoga moderne, souvent assez éloigné de la tradition indienne. Un yoga « en quête de … ».

    Alors que traditionnellement, le yoga est quête d’union avec le Divin, accord entre l’homme et la Nature. Il est désormais aujourd’hui de plus en plus quête d’un mieux-être physique et psychique. Il est objet de bien-être, de guérison ou de détente. Bref, il est souvent « objet de… ».

    Force est de constater que le yoga dévotionnel, et spirituel issu de la tradition se perd de plus en plus. Même en Inde !

    D’où la question à laquelle je vais proposer ma réponse, une réponse parmi d’autres :

    Quel regard et quelle pratique de yoga pour nous tous aujourd’hui, entre la tradition indienne du yoga et les pratiques actuelles de yoga objet?

    Premier élément de réponse: On ne choisit pas la raison pour laquelle on arrive au yoga.

    Tout comme de manière générale, on ne choisit pas beaucoup ce qui nous arrive dans la vie. La vie nous amène là où nous sommes actuellement. Il est dès lors logique, dans la société consumériste qui est la nôtre actuellement que ce qui nous amène à peu près tous vers le yoga soit un besoin de/ une quête de … bien-être, détente, ou la guérison d’une blessure physique ou psychique.

    En résulte qu’il est dès lors normal que ce qui se trouve proposé par les présupposés enseignants de yoga réponde à cette demande. L’homme moderne a besoin de solutions à ses problèmes actuels (stress, mode de vie dépareillé, alimentations et rythme de vie déséquilibrés,…); différentes solutions se trouvent en substance dans la tradition du yoga. Les postures, la respiration peuvent indéniablement apporter un premier secours.

    Cette utilisation du yoga traditionnel « à des fins de… » est selon moi légitime et tout à fait bienvenu. Elle est une première étape nécessaire.

    Doit, selon moi, accompagner ce ‘yoga objet’ ce que le yoga traditionnel a de plus profond à offrir : le spirituel, à savoir ce qu’il y a au-delà de ce désir individuel. En Yoga, ce travail sur le spirituel passe par une prise de conscience par l’individu et de son individualité, de son égo. Et à terme, d’une transcendance de ce dernier, ou à tout le moins un détachement face à ses fonctionnements habituels et automatiques.

    Cette approche du yoga peut selon moi se fondre dans ce qui est habituellement proposé en parlant de yoga.

    Le problème est que, généralement, les enseignements sur le yoga sont dénudés de cette composante fondamentale qu’est la relation au spirituel, qui est l’essence même du Yoga et de notre humanité.

    Or, il est possible de parler de bien-être en le reliant au spirituel. Le bien-être n’est pas uniquement le bien-être du corps et du mental. A ce titre, la théorie indienne de PanchaKosha nous enseigne que l’homme est bien plus que son corps et son mental. Selon la tradition, le corps physique, le corps énergétique et le corps mental sont les 3 premières couches de l’être humain, certainement les plus appréhendables. S’y ajoutent le corps d’Intelligence et le corps de Béatitude, ces derniers nous rapprochant davantage de l’Etre Commun, au-delà de nos individualités propres.

    Il est aussi possible – et nécessaire – de parler de détente sans que cela devienne une quête en soi. Plutôt qu’une quête fondée sur l’intention, le yoga doit être une exploration basée  sur la disponibilité. Car, chercher la détente revient à créer une intention, une crispation et finalement une aversion envers son corolaire, la tension. Il importe donc de proposer le regard le plus complet sur la richesse que nous offrent les dualités de ce monde.

    Quant à la maladie, vouloir s’en défaire est louable. Plus sage est l’intention d’en comprendre le message et la cause. Au-delà de la récente Yoga therapy, les  Vedas (les textes sacrés de l’Inde liés au Yoga) nous proposent de comprendre la maladie comme un signe, un symbole. Selon ce paradigme, la maladie est une opportunité pour aligner nos actions et comportements personnels (svadharma) avec la destinée universelle et cosmique (Dharma).

    Bref, si le yoga objet a sa fonction jusqu’un certain point, le risque selon moi- si le message n’est pas intégral et qu’on en reste au yoga objet – est d’entretenir , voire de renforcer l’égo, par la culture de cette idée d’être quelqu’un qui doit changer, se transformer. Ceci ne peut par ailleurs que créer des individus perpétuellement insatisfaits.

    Pour terminer cette réflexion, vous aurez probablement compris que je plaide pour un yoga traditionnel et intégral :

    • Traditionnel car il puise son essence dans la tradition du yoga tel qu’il s’est développé sur le continent indien depuis plusieurs milliers d’années. Il est dès lors indépendant des schèmes mentaux et des intentions propres à notre époque.
    • Intégral car, fort de cette tradition, il offre un message complet et qui s’adresse à toutes les composantes de notre humanité au-delà de notre corps et de notre mental.

    Ceci étant dit, il me semble également important de nuancer ces propos par le fait que le yoga indien est une tradition initialement ascétique qui n’est dès lors pas à la portée de tous. Il y a donc besoin d’une interprétation des fondements yoguiques afin de les rendre accessibles à toutes et tous, aujourd’hui et dans l’époque particulière qui est la nôtre. A nous, enseignants du Yoga, de pouvoir rendre ce message aussi clair et authentique possible !

  • Eté, vacances… : Comment pratiquer seul à la maison?

    Instaurer sa pratique personnelle

    Dans cet article, je discute avec vous d’une question qui nous concerne tous : « comment pratiquer le yoga, au-delà du cours hebdomadaire? »

    Naturellement, d’autres questions s’y adossent : « Comment être maître de sa pratique? », « comment trouver la motivation de pratiquer à la maison, dans notre vrai quotidien? », …

    En effet, nous sommes nombreux à suivre un cours donné par un enseignant qui nous guide, nous accompagne, et nous corrige parfois. Mais, avec l’arrivée des vacances, il va probablement falloir, pour certains d’entre nous en tout cas, ‘tirer son plan’ pour raison de professeur en vacance ou simplement parce qu’on est soi-même en vacance.

    D’où la question:

    Comment faire du yoga seul à la maison?

    Alors, il existe bien les vidéos sur YouTube, c’est sûr.

    Oui, c’est bien, mais le fait de regarder la vidéo ne vous permettra probablement pas d’être aussi dévoué et présent dans votre séance, et vous n’en ressortirez donc pas autant de bénéfices que si vous pouviez vous libérer de l’écran qui vous donne ses instructions. Aussi, il vous faudra probablement un petit temps de ‘shopping’ afin de sélectionner le type de yoga qui vous convient et de vous sentir à l’aise avec la personne qui le présente.

    Bref, les vidéos sur YouTube, c’est bien, mais ce n’est pas le plus efficace (si je peux utiliser ce terme en parlant de yoga…)

    Solution: 

    Instaurer ou créer sa propre pratique.

    Et, c’est ce que je recommande à toutes et tous, peu importe le niveau.

    Rappelons par ailleurs qu’initialement, avant que le yoga ne se trouve plébiscité et pratiqué en groupe dans les salles et les studios de yoga, le yoga est avant tout une pratique individuelle. Une pratique à la maison, en quelque sorte.

    Pour être concret, je vous propose de lister quelques ingrédients indispensables d’une bonne pratique de Yoga seul à la maison :

    1. Le lieu : C’est l’un des points fondamentaux. Il faut un lieu pour lequel vous avez le feeling. Vous devez sentir ce lieu, ou l’énergie qui s’en dégage. Il doit être un endroit qui vous apaise, qui vous permette de vous retrouver seul, avec vous-même, un lieu de silence de préférence.
    2. Le moment: Il importe de pratiquer à un moment qui vous convient, peu importe quand dans la journée. Au final, en lien avec ce moment, et plus important que celui-ci, est l’attitude que vous adopté à ce moment. Notre réceptivité et notre disponibilité ne sont pas les mêmes pour tous en fonction des moments de la journée. Certains préféreront pratiquer le matin. D’autres, le soir. A noter que de manière générale, certains moments sont plus propices que d’autres. Il s’agit en effet du matin quand vous vous levez, avant le petit-déjeuner, et la fin de journée, soit avant le repas du soir ou éventuellement avant d’aller se coucher. 
    3. La durée : Je recommande personnellement de préférer faire une pratique courte, mais dans laquelle chaque minute est disponibilité et ressenti, plutôt que de vouloir absolument faire une séance d’1h en étant sans cesse dispersé. Comme dans tout, c’est la qualité (du moment) plutôt que la quantité qui prime.
    4. L’attitude : Comme précédemment énoncé, il faut idéalement être disponible mentalement (et physiquement aussi) pour pratiquer. Si non, on n’y sera pas vraiment. Il faut le vouloir. Faire sa séance par habitude, se forcer parce que c’est l’heure, ne mènera à rien.
    5. L’absence de volonté : Enfin, et en apparente contradiction avec le point précédent, il faut ne rien vouloir. On ne fait pas du yoga en en attendant quelque chose. C’est la meilleure manière d’en être déçu. Quand on pratique le yoga – les postures typiquement – on doit ne rien en attendre. Il faut voir cela comme un moment de célébration où l’on se donner – pour 15′ ou 1 heure – à soi. Un moment de liberté, sans attentes.

    Ensuite, une fois que les conditions préalables sont plus ou moins satisfaites, il convient de démarrer ce moment de yoga.

    Je vais vous étonner mais selon moi, une séance peut – et devrait – être spontanée, comme une exploration.

    Quand on explore, on ne connaît pas, on essaye, on cherche. Le yoga est exploration, dans l’instant et en fonction de son état du moment.

    Une séance pré-construite vous conviendra peut-être à un moment et pas à un autre. D’où l’importance d’inclure sa pratique dans l’instant présent.

    C’est ce moment – le maintenant – qui va nous proposer les mouvements à faire…

    Peut-être n’y aura-t-il pas de mouvement et la séance sera méditation, simplement. Et c’est très bien aussi.

    Notre séance, seul à la maison, doit se fondre dans cette logique.

    Ainsi, si je dois donner des balises pour cette pratique, voici celles que je proposerais :

    1. On s’assied et on tourne son attention vers l’intérieur. Se donner à l’instant, à la sensibilité du corps. Ne plus rien faire.
    2. Ensuite, laisser le mouvements spontanés se faire. Un bras va se lever, une jambe se fléchir… Le corps va se lever, se coucher sur le dos, sur le ventre. Et l’on se donner à ce qui se passe à travers le corps dans l’instant. On ressent ce qui se passe. On observe les réactions dans le corps. Dans la respiration mais également dans le mental. Ça, c’est un réel moment de yoga, d’union avec soi-même. 
    3. Ce moment peut se clôturer par une relaxation en Shavasana et un moment de recueillement en position assise avant de reprendre le flux de la vie quotidienne.

    Voilà,

    Plus généralement, quand on doit pratiquer à la maison seul, il est indéniable que l’on soit davantage confronté au flux mental qui s’empare de nous. La guidance du professeur de yoga qui nous manque est là pour cadenasser le mentale. Donc en effet, cette pratique est plus « dure », mais elle est plus « réelle », plus « transformatrice ».

    Des tas de pensées vont surgir dans le mental…Il est en effet tellement facile de se convaincre que l’on a des tas d’autres choses plus importantes a faire que le yoga.

    Face à ces pensées, les accueillir telles qu’elles sont. Des pensées qui vont et qui viennent. Ne pas chercher à lutter. Le mental n’est notre ennemi que si nous le percevons comme tel. Si non, il est tel un autre être qui fait son chemin a côté de nous, dans son agitation et sa frénésie habituelle mais sans que nous en soyons (trop) impacté.

    Dès lors, soyez doux avec vous-même.

    Parfois, une séance de yoga peut être de simplement s’asseoir et observer le mental, ou la respiration pendant 5 ou 10 minutes.

    Le yoga, la pratique personnelle de yoga n’est pas tant dans ce qui est fait (les postures, les mouvements,…) mais davantage dans l’attitude dans laquelle on se positionne quand on dépose le corps sur le tapis et qu’on observe ce qui se passe…

    Tel est le yoga traditionnel. Et le Yoga qui répondra à vos attentes les plus exigeantes. ou qui les diluera dans l’absence d’attentes.

    Ce que l’on appelle la Présence.

    Namaste

  • Yoga & détente : « La tension ne tend pas ».

    La tension ne tend pas…
    Quelqu'un de tendu ?

    Namaste,

    Ce titre d’article peut être interpellant, n’est-ce pas ?!

    Cette phrase n’est pas de moi. Je l’ai souvent entendue de l’un de mes enseignants les plus respectés en yoga : Éric Baret.

    Éric est un français issu de la tradition non-dualiste du Cachemire. Il a suivi l’enseignement de Jean Klein, un yoga dit tantrique. Si vous êtes intéressé par le personnage et ses livres que je recommande vivement, son site est le suivant : https://www.bhairava.info

    La tradition tantrique du yoga nous dit que la tension ne tend pas. Mais, que cela peut-il bien vouloir dire ?

    Je vais tenter, dans cet article d’y répondre de manière systématique.

    Le yoga, une pratique de la détente.

    Tout d’abord, prenons un peu de perspective et remettons les pendules à l’heure.

    Le Yoga, chez nous et ailleurs, est souvent assimilé à une pratique de bien-être, de détente, de gestion du stress. Je me dois de recadrer cette perspective. Oui, le yoga nous apporte partie ces bienfaits, mais le bien-être et la détente sont tellement réducteur de ce qu’est le yoga que je ne peux accepter cette tendance à assimiler cette pratique millénaire à un bien de consommation très récemment ultra plébiscité.

    La détente n’est pas ce qui est recherché en yoga. Ça pourrait même être l’inverse!

    Toute personne qui a déjà un tant soit peu pratiqué les âsânas (les postures de yoga) a pu constater à quel point la tension est présente dans la pratique.

    Le yoga, c’est la tension.

    Ne chercher que la détente – objectif tout à fait louable pour nous tous qui sommes souvent trop stressés et tendus – ne peut nous permettre de la trouver. C’est le paradoxe de la vie. Si l’on veut quelque chose, c’est souvent dans son contraire qu’on la trouvera. Ainsi, pour trouver la détente, il faut tendre.

    Pour me permettre de me faire comprendre, permettez-moi d’être plus pragmatique et de présenter 2 situations assez conventionnelles :

    1ère situation :

    « Mon corps est tendus, je suis rigide. J’ai mal partout. J’ai besoin de me détendre »

    Ceci vous parle, je suppose.

    La pratique posturale m’invite, non pas à me détendre – ce qui pourrait marcher et qui est proposé par des pratiques autres que le yoga, je pense – mais à me tendre, à créer la tension. Volontairement et de manière mesurée. Et je vais jouer au yoyo dans les postures pour venir solliciter la tension dans différentes parties du corps. Le yoga va m’ inviter à créer dans différents endroits stratégiques des tensions: les épaules, le bassin, le dos, l’abdomen, le visage… même et surtout dans des parties du corps avec lesquelles je ne suis au premier abord pas familier. Quand la tension est là (je l’ai  créée), je vais demeurer dans la tension. C’est pourquoi toutes les écoles traditionnelles de yoga prônent le maintien de la posture, plutôt qu’un enchainement dynamique de mouvements. Non, ce n’est pas le mouvement qui libère la tension – pour peu que ceci soit notre objectif- mais c’est le fait de

    LAISSER VIVRE la tension,

    SE FAMILIARISER avec la tension,

    ENTRER EN RESONANCE avec la tension,

    AIMER LA TENSION

    Dans le yoga, la tension n’est pas vu comme quelque chose dont il faut se séparer. A vrai dire, tout est bienvenu dans le yoga, la détente comme la tension.

    Vous comprenez maintenant pourquoi cette phrase « la tension ne tend pas ». Car derrière cette dernière, il y a en filigrane cette intention de détendre, cette aversion de la tension. Or en yoga, la tension ne tend pas. Elle ne crée pas d’aversion, elle n’est pas liée à une attitude mentale. Elle est PHYSIOLOGIQUE.

    Deuxième situation:

    « Je suis stressé, je suis tendu, je me prend la tête ».

    Dans ce cas également, la consigne du yoga est de ne pas chercher à détendre. Je dois ne pas vouloir me détendre ou chasser ce stress. Au contraire, je dois me donner à la situation. Mais attention, non pas en jouant le jeu du mental et des pensées – quoi que, cela puisse également marcher – mais davantage en vivant la situation dans mon corps et de manière PHYSIQUE.

    « Quand je suis stressé, qu’est-ce qui se passe dans mon corps? Où est-ce que cela se passe ? Comment est ma respiration? Que se passe-t-il dans la région abdominale, dans la poitrine ? Quel est le ressenti dans la bouche? »… etc.

    Attention, il n’y a pas d’intention de ne pas penser, ici. On ne contraint pas le mental. Plus pragmatiquement, on se laisse aller au ressenti. Et on se familiarise avec la tension de manière physique.

    Le yoga, la pratique de l’équanimité.

    Ces deux situations nous invitent à écouter.

    Car derrière la tension se trouve généralement un message.

    Dès lors, par le yoga, nous sommes amenés à accepter les tensions comme quelque chose de l’ordre de la fonctionnalité. Comme une alarme qui nous avertit d’un danger. Cette écoute nous ramène à notre fonctionnalité pure. Elle recentre notre Être au sein d’une dynamique plus globale et moins centrée sur le ‘moi, je’.

    Accepter la tension, c’est entendre l’être humain comme un élément d’un Tout, en interaction avec son environnement. L’Homme, le sadhaka (le pratiquant sincère du yoga) est celui qui se met à l’écoute des signes de la Nature, qui se donne aux modulations de l’Etre sans chercher de manière égoïste son bien-être personnel ou la libération de ses tensions profondes. Il entre en résonance avec la Réalité qui nous transcende tous. Pour lui, la tension a la même saveur que la détente. Il est le roi de l’équanimité.

    Que donc en retenir?

    Que la tension ne tend pas.

    Que souvent, nous surimposons une réalité mentale – un mot, une idée – sur un phénomène purement physique.

    Que la solution de nos problèmes ne se trouve généralement pas dans ce que nous cherchons, mais dans le mal en lui-même. En thérapie brève, on dit d’ailleurs « La solution, c’est le problème ». C’est tellement vrai. Dès lors, que celui qui cherche la détente, se familiarise avec la tension. Non pas mentalement, mais organiquement.

    Om, Shanti,

    Yannick